You talkin’ to Bliss

Pour préparer un magazine dédié aux futurs parents, difficile de passer à côté du podcast Bliss pour se replonger dans la maternité. Alors on a écouté un épisode, pour voir. En faisant autre chose. Puis on a tendu l’oreille, on s’est préparé un thé, planté sur le canap et on a écouté tout l’épisode. Puis un autre, puis un autre, puis on a dû se rendre à l’évidence… On s’était fait aspirer par Bliss. Ce podcast natif animé par Clémentine ne donne aucun conseil, et n’a jamais l’air d’avoir un avis, chacune trouve écho de son histoire. Il raconte juste des parcours de fou, planqués dans des vies quotidiennes heureuses qui n’ont pas l’air de porter un deuil périnatal, des FIV à répétition, des allaitements traumatisants, ou des dépressions post-partum. No drama, no tabou, que des filles (et des gars !) qui vont bien, mais qui avouent qu’elles ou ils en ont bavé. Et nous, ça nous a fait un bien fou ! On a donc voulu retourner la situation en posant des questions à la joyeuse et empathique Clémentine ! C’est dans son salon, l’antre de la confidence, avec un thé brûlant que nous avons passé l’après-midi avec la voix de Bliss. Et vous savez quoi ? Maintenant on rêve de se faire blisser !

 

Au début de chaque épisode, tu poses quatre questions à tes invités. À ton tour d’y répondre ! Est-ce que tu peux te présenter ? Qui es-tu ? Quel âge as-tu ? Et de qui est composée ta famille ?
Je suis Clémentine Galey, mon métier depuis peu c’est podcasteuse, j’ai 41 ans et deux enfants : Pablo, 8 ans et Thelma, 6 ans. Leur papa, Julien, partage ma vie depuis plus de 15 ans maintenant.

Comment t’est venue l’idée du podcast ?
C’est arrivé à un moment de ma vie où je voulais donner un sens à mon parcours pro, j’avais besoin de faire quelque chose, d’entreprendre ! J’ai eu un déclic en écoutant un podcast de Courtney Adamo, une influenceuse qui vit en Australie avec ses cinq enfants, qui racontait ses grossesses et son accouchement. J’étais dans ma voiture, et au bout de 5 minutes j’imaginais qu’elle était assise à côté de moi et qu’on papotait ! C’était top ! Il y avait donc forcément d’autres femmes qui aimeraient, comme moi, entendre des histoires vraies, qui déculpabilisent, qui font relativiser, qui inspirent. Et qui humanisent un peu les stars d’insta !

Pourquoi le podcast ?
Ça aurait pu être l’écriture, l’image ? C’était une évidence pour moi… Il faut dire que j’étais une boulimique de podcasts à l’époque, j’en écoutais tout le temps, j’adore le format.

Pourquoi choisir la maternité comme sujet pour Bliss ?
Dans ma famille, il y a pas mal de filles qui ont eu des enfants à des âges différents et j’ai senti à travers les interrogations de chacune, les peurs, qu’il y avait beaucoup à faire pour communiquer et rassurer un peu les mamans, ou au moins les prévenir ! Et je n’ai rien trouvé sur le sujet à l’époque en podcast natif. La maternité c’est une période que l’on contrôle souvent moins, et cela permet d’enlever son « filtre », de se parler de la vraie vie. Tu racontes ce que tu as dans les tripes, à proprement parler !

Comment l’aventure Bliss a-t-elle commencé ?
Avant j’étais directrice de casting dans l’audiovisuel, et j’avais déjà casté des influenceuses, des sages-femmes, des entrepreneurs, bref j’avais déjà en tête quelques sujets, ou noms de personnes dont je voulais partager l’histoire ! Mon premier épisode, c’était la marraine de mon fils, qui était dans mon canapé à côté de moi. C’était très fort car elle était d’accord pour partager son histoire et même si je la connaissais déjà la magie a opéré immédiatement. Tu vois, je n’ai jamais eu à convaincre les intervenantes on aurait dit qu’elles attendaient toutes d’avoir la parole. Mon premier jour, j’ai envoyé dix mails, en me disant « Allez, statistiquement, je vais en catcher une ou deux ? » Tu parles ! Le lendemain j’avais déjà neuf rendez-vous ! Incroyable ! En fait dans chaque témoignage, je ressens l’urgence de ces personnes de transmettre, de prévenir les autres des difficultés qu’on peut rencontrer enceinte ou avec un petit bébé : « Bon moi j’ai été prise de court, mais toi maintenant tu le sais, et crois-moi, ça ira mieux un jour ». D’ailleurs les intervenantes reçoivent après la diffusion de l’épisode des centaines de messages les remerciant pour leur témoignage ! Fou !

Comment choisis-tu tes intervenants ?
C’est dingue car je reçois des centaines de candidatures ! Des femmes qui me racontent leur histoire, leurs épreuves. Malheureusement je ne peux pas interviewer tout le monde, mais je lis chaque mot ! La plupart du temps souvent je choisis un thème, puis je caste la bonne candidature pour en parler ! Ce sont des instagrammeuses, des journalistes, des personnalités, ou des anonymes, mais toutes sont traitées exactement de la même manière. Mon but n’était pas de mettre en avant des gens connus mais les expériences, les émotions, et l’incroyable similitude entre nos histoires à toutes !

Comment prépares-tu les entretiens ?
Tes invitées doivent-elles se préparer ? Pour que la conversation garde vraiment sa fraîcheur, je dis toujours aux intervenantes de ne pas trop réfléchir, de venir tranquillement, que le podcast n’est pas en direct, on peut donc prendre le temps… On se parle souvent pour la première fois le jour du rendez-vous, ça fait partie du process, et la magie opère à chaque fois, je n’ai jamais besoin de forcer.

Tu évoques des sujets très sérieux et hypertabous pour certains d’entre nous. Tu t’es mis des objectifs ou des limites dans les sujets ?
Jamais ! Et personne n’a jamais mis de li-mites dans sa confidence ! Aucune pudeur, aucune posture, elles ne me demandent jamais d’écouter avant publication le podcast…

Qu’est-ce que ça change dans leurs vies ?
Elles me disent souvent que c’est thérapeutique après coup. Elles bouclent une boucle, et reçoivent après un shot d’amour ! Des messages à gogo sur leurs comptes, elles hallucinent des répercussions ! Je pense aussi qu’elles se sentent utiles, elles font souvent ça pour apporter du soutien aux autres mamans, les consoler presque… Je pense qu’elles auraient toutes aimé entendre ça pendant leur épreuve.

Et toi, tu aurais aimé écouter ce podcast pendant ta grossesse ?
Ah oui ! Un grand oui même ! Ça aurait répondu à des angoisses ou des non-dits, notamment sur le post-partum. Ma mère a eu quatre enfants, c’est une génération qui se regardait un peu moins le nombril, mais qui morflait quand même. Et quand je suis tombée de haut à l’accouchement, maman me disait : « Profite, savoure, ça grandit si vite ! », mais moi je trouvais ça tellement dur ! Quand t’es mal, que tu pleures, comment savourer ? Ça m’aurait beaucoup aidé d’être prévenue sur les difficultés que l’on rencontre à la naissance, et surtout à l’arrivée du bébé à la maison.

Quelles répercussions ont eues sur toi ces discussions, ces témoignages, ces émotions partagés sur ton canapé ?
Toutes ces rencontres me rendent de plus en plus féministe. Je ne comprends pas que certains médecins exercent alors qu’ils ne devraient pas, que des femmes subissent encore des abus, essuient des injustices, encaissent des phrases empoisonnées. Mon militantisme à moi, il passe par la parole ! Ça a changé ma vision de la maternité en 2020.

Et par rapport à ta famille ?
J’ai réalisé que j’avais beaucoup de chance d’avoir des enfants en bonne santé. Ma maternité est totalement anecdotique finalement à côté de ce que j’entends. J’absorbe et je digère ces histoires, mais c’est un boulot dingue qui peut m’empê-cher de m’endormir… Certaines vies m’ont imprégnée. Je reste liée à ces femmes. Je dis souvent qu’on est une armée, un groupe de mères liées entre elles ! Si je devais refaire un enfant aujourd’hui, je serais moins innocente, après tout ce que j’ai entendu.

Penses-tu que l’on devrait écouter tout ça avant d’avoir un bébé ou qu’il vaut mieux arriver fraîche et innocente à la maternité ?
Je crois que l’innocence te préserve quand tu es enceinte, c’est parfois vital. Je comprends certaines filles qui me disent qu’elles ne peuvent pas écouter tel ou tel épisode enceinte. Pour certaines au contraire, ça ouvre des verrous, elles ont l’impression de trouver des soeurs d’épreuves.

C’est quand le meilleur moment pour écouter ton podcast ?
En congé mat on est souvent isolée, ça peut faire du bien de prendre un café en écoutant toutes ces mamans Bliss. Et puis il ne faut pas hésiter à mettre le podcast sur enceinte histoire que les hommes aussi puissent entendre des bribes de toutes ces expériences.

Si tu t’auto-blissait, quel serait le sujet de ton épisode ?
Hum… Je pense que je viendrais parler du tsunami d’avoir deux enfants rapprochés. Je n’avais pas anticipé, ça a été très dur pour moi. J’aurais parlé de la fratrie, comment tu la construis, comment ton couple résiste à ça… On a toutes des choses à dire !

Dans Bliss, tu ne donnes jamais de conseils, tu accompagnes les confidences. Mais si tu devais donner trois conseils universels aux mamans, lesquels donnerais-tu ?
Ne perds jamais de vue que Instagram n’est pas la vraie vie, surtout les comptes maternité. Ne te dis surtout pas qu’elle y arrive mieux que toi, que sa maison est mieux rangée, qu’elle a une plus jolie peau et des cheveux plus brillants. Ce seront toujours des images filtrées et de toute façon, ce jeu est perdu d’avance. Laisse ton instinct prendre le dessus, et si tu te trompes, ça n’a aucune importance. C’est dur, pars de ce principe. Il y a aura des larmes plus ou moins justifiées, des déceptions et à partir de là, fais au mieux, et à ta sauce ! Communique ! Partage comme tu peux, comme tu le sens. Reconnais que tu galères ou que tu as besoin d’aide.

Un dernier conseil sauce Bliss pour rester cool ?
Fais une playlist d’accouchement ! De plusieurs heures, pas juste trois chansons ! D’ailleurs il y a une playlist collaborative Bliss-Stories sur Spotify avec toutes les musiques (plus de 300 titres) que les auditrices ont envie d’avoir dans les oreilles pour attendre, pousser, se donner de la force !

 

« Toutes ces rencontres me rendent de plus en plus féministe.

On est une grande armée ! » 

 

Photograhie Franklin Bélingard
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